DE
HORS

« Artiste-Botaniste »

par Liliana Motta

 

J’ai souvent le sentiment de n’être rien, ou plutôt que je ne suis pas identique aux autres, que je ne suis que moi-même. Je voudrais tout arrêter chaque soir, ne plus travailler, ne plus penser, ne plus faire. Le jour arrive et je recommence encore une fois. Je suis comme les mousses dotées de reviviscence, aptes à revenir à la vie dès que les conditions s’améliorent.

Le binôme « artiste – botaniste » m’aide à préciser ma démarche : je suis artiste mais ne réalise pas de tableaux ; je suis botaniste mais ne suis pas une scientifique. Il ne faut pas plus de diplôme pour être artiste que pour être botaniste. Il n’existe pas de carrière universitaire pour la botanique : on peut être docteur en biologie mais la botanique reste presque une activité d’amateur. Mon statut ambigu d’artiste-botaniste me pèse, ça ne veut pas dire que j’ai en moi ces deux qualités mais plutôt que je ne suis ni complètement l’une, ni complètement l’autre. Je n’arrive pas à trouver ma place ou plutôt une place qui serait déjà là pour m’accueillir.

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Après une formation en école des Beaux-arts, je me suis intéressée aux plantes car j’ai réalisé que les étudier me permettrait de répondre à de nombreuses questions.  La science botanique permet de comprendre ce qu’on regarde tous les jours sans même le remarquer et se définit en trois actions. D’abord, elle apprend à fixer le regard, à examiner les choses de plus près. Ensuite, elle amène à décrire, préciser comment sont les plantes, leur tige, leurs feuilles. Il faut savoir le faire. C’est parfois difficile. Il faut méthode et rigueur, sinon tout devient machin ou chose, et on est dans l’incapacité de transmettre, de communiquer ce qu’on a vu. Enfin, on classe les plantes dans un ordre préétabli. Cet ordre est un choix qui en exclut d’autres.

Avant, j’avais l’idée que les choses étaient classées selon une sorte d’ordre mystique, comme si Dieu nous envoyait un fax depuis le ciel en nous désignant le beau, le laid, les gentils, les méchants… Je me suis rendu compte que nos jugements sur les choses étaient toujours subjectifs, qu’ils venaient d’un classement qui donne des éléments d’appréciation et que tous les classements pouvaient être remis en cause. La connaissance permet d’aborder les classements avec liberté en s’y opposant éventuellement.

La différence qu’on opère habituellement entre l’art et la science n’est pas si évidente. La science comme l’art ont ce pouvoir de transformer le banal et le quotidien en merveilles. Quoi de plus extraordinaire que d’expliquer pourquoi le ciel est bleu ou ce qu’est une goutte d’eau ? La science nous donne à percevoir la réalité à travers un point de vue ; et pourtant la science est humaine, elle se trompe, elle se cherche, elle se remet en question. L’art ne procède pas autrement.