DE
HORS

Pour incarner ce protocole préalable, nous prenons ici l’exemple de notre intervention à l’Académie du cirque Fratellini à Saint-Denis, à travers plusieurs étapes.

 

Territoire

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Le département de la Seine-Saint-Denis est l’un des plus petits départements français en superficie, mais il se situe au 7ème rang pour sa population. Sa densité bâtie est très importante.
Plus grande zone industrielle d’Europe dans les années 1960, le quartier de la Plaine Saint-Denis bénéficie dès le XIXème siècle d’une excellente desserte, notamment ferroviaire. Dans les années 1960, le territoire de Saint-Denis connaît une  importante vague d’urbanisation et de vastes chantiers sont entrepris , notamment pour la construction de grands ensembles. La Plaine connaît ensuite une grave crise économique avec la désindustrialisation, dont elle ne s’est relevée que récemment en profitant notamment  de la dynamique de construction du Stade de France. Le quartier Landy France, principale zone d’activités de la région parisienne, ainsi que son cortège d’habitats, en sont des résultantes directes. Avec cette forte densité d’urbanisation, le territoire vient à manquer d’espaces ouverts au public. Les orientations départementales des politiques tendent dès lors vers un rééquilibrage et une augmentation des espaces publics.
L’Académie Fratellini se situe aux portes de Paris, au coeur du quartier d’affaires Landy France, à 200 mètres du Stade.

Existant

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Le terrain où se trouve aujourd’hui l’Académie Fratellini était un ancien parking créé en 1998 pour accueillir le public lors de la Coupe du monde de football en France. Les fossés qui se trouvent au milieu du terrain avaient été creusés pour faciliter l’évacuation des eaux des pluies. Les talus, qui bordent le terrain de l’Académie, avaient été placés là par les services de la ville de Saint Denis pour fermer l’accès au public de l’ancien parking rendu ainsi inutilisable une fois la manifestation sportive terminée. Le terrain est resté à l’abandon pendant quatre années. La ville a pendant ces années-là permis à des gens du voyage de s’installer avec leurs caravanes pour de courts séjours. Des plantes ont progressivement colonisé les talus et les fossés.

Lors de l’installation de  l’Académie Fratellini en 2002, une première visite sur les lieux avait permis de relever plus d’une centaine d’espèces. Le sol des talus est sec et tassé. Il accueille une majorité de plantes annuelles, bisannuelles, des vivaces disséminées par l’homme, d’anciennes plantes médicinales et d’anciens légumes. Le haut des talus était recouvert de peuplements serrés et continus de résédas blancs avec un magnifique feuillage très finement découpé, des bardanes avec de grandes feuilles, de la chélidoine à fleurs jaunes et, à la fin de l’été, des daturas blancs. Il y avait aussi une plante dont la saveur rappelle la roquette, cette salade méditerranéenne, amère et piquante, Diplotaxis tenuifolia. Les fossés sont inondés une partie de l’année. Quand il commence à faire beau, en été, les fossés s’assèchent. Des plantes qui croissent dans la vase, des hélophytes, comme la massette, poussent dans le fond du fossé. Des arbres et des arbustes sont installés sur les bords : des saules, des peupliers et des buddleias.

Les travaux du chantier pour l’installation de l’Académie ont transformé l’aspect des lieux. Les talus ont été déplacés, la terre « profilée » et un bon nettoyage des débris et des ordures a réussi (ou conduit) à nous priver pour quelque temps  de la végétation exubérante qui s’y était installée. Les graines sont probablement restées dans la terre, mais lesquelles de ces plantes reviendront nous voir, et combien de temps faudra-t-il ?

Intuitions de chantier

par Sébastien Argant

Compte tenu de la magie du lieu en l’état, tout le travail consiste à ne pas la perdre : Fratellini aime les plantes, toutes les plantes, et ce qu’elles ont de plus spontané, naturel, sauvage, libre.
Le chantier de ce dehors peut donc s’énoncer comme cela : tailler, faucher, recéper où l’on a besoin de lumière et d’espace (seuils, allées, traverses, clairières), trouver une place aux matières de taille, fauche profitable aux plantes, aux animaux et aux habitants du lieu (paillage, compost, tuteurs, tas de bois, bancs). Planter pour conforter des états de végétation, limiter l’entretien, augmenter la diversité, inviter à la cueillette, produire du bois. D’autres envies pourront prendre place par la suite comme celles d’installer des hamacs dans les ailantes, de détourner l’eau de pluie et d’en jouer, d’introduire l’animal comme un compagnon du dehors, de disposer une grande table et des bacs à roulettes pour plantes comestibles…