DE
HORS

Chantier n°2, mars 2011

Lieu d’intervention : les fossés, la guinguette.

Les fossés sont des espaces aux milieux écologiques fragiles. Tributaires des sécheresses estivales et des périodes humides, ils laissent perplexes les gestionnaires des lieux. L’entretien de ces deux fossés reste donc précaire. L’incompréhension de ce milieu en est la cause. Nous avons alors porté toute notre attention sur l’appropriation de ces lieux.

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Jour 1, le 21 mars 2011

Soleil, ciel bleu.

Ce matin nous arrivons dans ce lieu que nous connaissons déjà bien. Nous étions revenus plusieurs fois pour discuter avec les élèves, les accompagner voir des spectacles, grâce à Rossana. Retrouvailles joyeuses avec l’Académie.

Après un petit déjeuner rapide, nous entamons notre traditionnel tour du chantier. Nous en profitons pour expliquer à Marie notre manière d’agir sur le terrain. L’objectif de ces trois jours de chantier : nous occuper des fossés, les rendre vivables et agréables. Les nettoyer, les clarifier, les planter. Celui derrière les caravanes, appelé ‘’la forêt’’, et celui qui longe les studios, ‘’le fossé des sportifs’’. Ce dernier passe sous les deux coursives, faisant le lien entre les espaces intérieurs et extérieurs. Il se divise en trois parties facilement identifiables : le nez du fossé dialogue avec la ‘’guinguette’’, l’entre-deux coursives anime le patio et la dernière partie la plus longue, s’offre aux regards depuis la salle de musculation. Nous devons mener une action visible et significative dans les fossés et autour de la ‘’guinguette’’. Damien et Laura ont prévu d’installer un potager en pots autour de la ‘’guinguette’’, pour sensibiliser les élèves à la question du potager et de la nutrition. C’est aussi une manière ludique de découvrir le végétal. Directement associé au potager, nous décidons d’installer un compost. Il se situera en face de la ‘’guinguette’’, facilement accessible.

Les groupes se forment.

Thomas, Capucine et Marie plongent dans le fossé nommé ‘’la Forêt’’. C’est autour de lui que s’organise le campement des caravanes. Tiens, il semble y avoir de la vie ici ! Des artistes en résidence empruntent souvent le petit pont pour traverser cette épaisseur humide. Il faut enlever la matière sèche des roseaux et rabattre toutes les plantes, nous permettant d’éclaircir le creux, mettant ainsi en valeur les quelques beaux sujets arborés. On fauche et on entasse sur le côté. On récupère tous ces précieux résidus pour en faire des fagots et les déposer vers ce qui sera le futur compost. C’est le va et vient des brouettes. Il faut aussi élaguer les saules et les buddleias à grand renfort de sécateurs et de scies. Les rameaux suffisamment longs et droits sont mis de coté pour du bouturage dans l’autre fossé. Thomas et David élaguent les deux saules de l’extrémité, dans l’espoir de ne pas les voir disparaître avec l’installation du chantier de construction et d’extension du bâtiment de la plaine Saint Denis. Marie et David, à coup de bêche, curent le fossé comblé depuis longtemps par l’accumulation des feuilles mortes. Ils creusent pour que l’eau circule enfin sur toute la longueur de la tranchée.

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Pendant ce temps-là, Olivier fait des allers-retours entre l’arrière de l’Altaïr et la ‘’guinguette’’. Il rapporte des brouettés de terre, celle que nous devions récupérer. Laura et Damien en remplissent le fond des poubelles noires qui font office de pots géants et ajoutent du terreau. Ils mettent en place les palettes et posent les pots dessus. Nous avions tous déjà remarqué que les équipes de maintenance et de création de décors manient avec dextérité le transpalette. Comme nous voulions faire un potager ambulant, déplaçable selon l’ensoleillement et les besoins du site, nous avons décidé de l’installer sur des palettes. Pour le moment, c’est contre la ‘’guinguette’’ que Laura et Damien décident d’installer les pots qui se remplissent petit à petit.

En face, David, Jean-Marie, Thomas et Adrien nettoient la parcelle du futur compost. Il faut d’abord couper les cannes de Provence, récupérer la matière sèche, trier. Ils enlèvent aussi les carex que l’on replantera ailleurs. On installe le compost ici, pour être proche de la ‘’guinguette’’ et encourager les élèves à y jeter la matière végétale issue de leurs repas. Avec un peu de chance, les cannes de Provence repousseront autour du compost, assurant un maintient naturel au tas végétal. A l’aide de planches fines données par les gars de la maintenance et de piquets qu’ils clouent ensemble, ils montent un bac de 9 m2. Les autres apportent au fur et à mesure de la journée de la matière, que l’on trie selon sa nature, sèche, humide, terreuse, branchue…

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Laura, Damien, Thomas et Adrien se chargent du nez du fossé. Après l’avoir courageusement curé, l’eau provenant de l’autre fossé, se déverse doucement à nouveau. Ils repiquent les carex que l’on imagine facilement grossir et bruisser dans le vent, à l’ombre de la coursive.

Jean-Marie et Liliana se sont attaqués au ‘’fossé de sportifs’’. Face aux salles de sport et de détente, le fossé fait grise mine. La plupart des arbres ont été coupés de peur que leurs racines n’entament les fondations des bâtiments. Quelques ailantes se sont implantés, profitant de l’ouverture et de la lumière. Si bien que devant un ailante, on peut lire ‘’peuplier noir, espèce originaire de…’’. Il faut remettre de l’ordre. Réimplanter des arbres. Changer la signalétique. Liliana et Adrien tapissent le fond du fossé de boutures de saules. Grâce à l’humidité régnant en bas, certains se développeront peut-être, formant un couvert végétal au centre, et permettant de dégager les abords des bâtiments. Jean-Marie nettoie le fond du fossé et face à l’impossibilité de traverser cet espace, décide d’arrimer une poutre pour franchir en diagonale le trou. Ne pas seulement le longer. Le fossé est dégagé, éclairci.

Nous déjeunons tous ensemble, croisant les élèves de l’académie et Rossana. Après cette pause au soleil, nous retournons à nos laborieuses occupations.

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Apporter. Trier la matière. Marie et Capucine se sont collées au débitage des grandes branches de saule à l’aide de sécateurs pour permettre une meilleure décomposition. À la fin de la première journée enfin on peut déposer les premiers résidus végétaux en alternance. Le potager a rapidement été mis en place. Dans les pots, les aromatiques côtoient les fraisiers et la roquette. D’autres salades on été plantées dans la brouette, faute de pots. Les jeunes pousses vertes tendres ploient sous le stress de la transplantation. Il faut arroser. Laura et Damien cherchent dans toute l’Académie un arrosoir que l’on pourrait laisser là pour encourager les usagers de la ‘’guinguette’’ à apporter l’eau nécessaire aux plantes.

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Jour 2 et 3, les 22 et 23 mars 2011

Soleil, ciel bleu, un vent frais se lève après le déjeuner.

Ce matin, nous décidons que le fossé nommé ‘’la forêt’’ est suffisamment dégagé. Il ne faut pas le mettre à nu totalement. Thomas passe juste du temps à retailler les saules pour leur donner une forme et remonter les houppiers. On finit d’entasser les couches du compost. Liliana, Jean-Marie, Adrien et David, déposent les cannes sèches au fond du fossé, le long des studios. Ils composent un entremêlement réfléchi des cannes. Jean-Marie en plante une série verticalement pour faire écho à la façade immobile du studio 2. Avec le reste des cannes, ils tissent une tonnelle aérée autour du mince pont.  Les plantes grimpantes comme la clématite, déjà présentes sur le site, recouvriront peut–être un jour cette tonnelle.

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Capucine, Marie et Adrien assistés d’Olivier, Thomas et Jean-Marie pour le gros œuvre, s’occupent aujourd’hui de la partie aux orties. Elle est très prometteuse. Située entre les deux coursives, abritée du vent et ayant une partie au soleil quelque soit le moment de la journée, cet espace peut devenir un lieu agréable, alternative à la ‘’guinguette’’, où l’on se retrouve pour discuter au soleil. Il faut donc créer la possibilité de la rencontre et en faire un jeu. On décide de faire des bancs. A l’aide de gros rondins et de vieux dossiers de chaises cassées, et selon un savant jeu d’équilibre, on installe le premier banc dans la partie ensoleillée l’après-midi. En testant le confort de cette assise, on observe le fossé en face. Si on pouvait le traverser on pourrait profiter du soleil le matin. Ni une, ni deux. C’est là que l’on installera le deuxième banc mais il faudra qu’il soit différent. Comme Jean-Marie l’avait fait de l’autre coté, on fixe une poutre qui enjambe la douve. Les artistes de cirque n’auront pas de mal à y déambuler malgré son étroitesse.

Au sol, des orties. Madeleine, la femme de ménage, vide ici tous les soirs les eaux usées du ménage. L’abondance de nitrates favorise la profusion d’orties. Elles habitent le fossé de leur beau vert au printemps et peuvent fournir de la matière seiche l’hiver. Capucine avait eu l’intuition du fossé aux orties et a rapporté des grandes orties de son jardin. Il s’agit de combler le fond du fossé et d’en recouvrir complètement les pentes un peu abruptes. Nous décidons d’aider un peu la nature. Adrien et Marie partent à la chasse aux orties dans toute l’Académie. Ils en trouvent différentes variétés qui dessineront des formes et couleurs différentes.

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Capucine et Marie passent du temps à chercher les matériaux propices à la construction d’un deuxième banc, ou plutôt d’une banquette. Un endroit où on pourrait se prélasser. Après avoir trouvé les poutres et les planches nécessaires, on réfléchit à l’implantation de cette assise. Il faudrait un platelage avec un dossier appuyé contre le mur du studio 2. Il faudrait aussi installer des grimpantes sur des tuteurs, pour préserver de la chaleur l’été.

Le mercredi matin, nous attaquons la construction pendant que les élèves et professeurs commencent déjà à s’approprier le premier banc. Laura et Damien débroussaillent l’arrière de la grande halle. Là, ils taillent les buddleias et les cannes de Provence et transportent toute cette matière sèche au compost. Ils redessinent un chemin clair et un accès pour le petit bar de la grande halle.